Le fil du temps, invitation au voyage

Le fil, cet élément si fragile, sur lequel nous voyageons, est ancré aux fondations de la vie.

Il est le temps, que nous nous devons de parcourir avec plus ou moins d’habileté.

Il est le sens, que notre conscience nous demande de respecter.

Nous progressons comme des funambules, en un équilibre précaire, qui nécessite une attention de tous les instants.

Avancer sans tomber et aller sans rompre celui sur lequel on prend appui.

Casser le fil ou chuter par mégarde, et tout s’arrête là. Aller savoir ce qui le rend plus ou moins solide ?

Etait-ce la densité des objectifs ou bien cette envie de vivre qui naît de la griserie de la conquête.

L’équilibre voilà une posture qu’il est bien difficile de conserver.

Sommes nous pas toujours dans l’excès ?

Nous franchissons allégrement l’équilibre des choses sans nous en rendre compte. La sagesse est un point d’équilibre que seul le temps peut nous offrir.

Mais elle est éphémère.

Sitôt acquise, elle est mise en difficulté par des éléments contraires qui viennent déstabiliser un édifice si difficilement et patiemment construit.

Rester en équilibre sur un fil, voilà donc une drôle de posture !

Peut-on penser que plus le fil est fin plus long est le chemin ?

Écrit par philippe

L'adagio de l'hiver

La neige atténue les sons, mais accentue, par son poids la douleur des arbres.

Ils gémissent, se plaignent, dialoguent en de longues et sombres mélopées.

Les hautbois, partagent cette sensation d’écrasement.

Plus haut, les nuages défilent, pressés par la tempête. Ils courent vers l’horizon et je les suits.

Le vent siffle aux sommets des arbres.

Furieux au rythme des violons, Ils accentuent le froid.

L’eau se fige.

La glace craque, se tortille, s’effile et scintille.

Telle une lyre, elle s’essouffle, avant de se figer dans le silence pesant de la forêt. Des forces viennent frapper le fragile édifice.

Cymbales, grelots, tout s’agite, entraîné dans la danse magique de l’hiver.

Le pas n’a plus de son.

L’adagio de l’hiver m’hypnotise.

La caresse de la flûte, se dépose en de longs de voile blanc, sur une nature qui a cessé de se défendre.

La douceur des paysages est le berceau de la mélancolie.

Les skis glissent, sur des cristaux de neige.

Corps inerte, qui attend les beaux jours pour disparaître.

Je sais que les jours les plus beaux sont ceux qui offrent à ma vue, ces immenses étendues de velours blanc.

Je glisse sur les cordes du violoncelle.

Le son est fonction de l’épaisseur et de la qualité de la neige.

Plus il fait froid, plus il est tendu.

Parfois il s’exprime en trémolos.

Mais la musique qui m’envoûte, née de la profondeur du silence.

Seul, avec lui, nous plongeons dans le néant comme un gros flocon porté par l’air.

Écrit par philippe

Montre, qui suis-je ?

Partir s’entraîner, une fin en soi.

Le temps arbitre, la montre sanctionne, entre sciences et contemplation.

Le temps s’éloigne au rythme de la foulée. Invariablement, de pas en pas, les secondes s’écoulent sans que l’on y prenne garde.

La pensée s’envole, et seul le passage en des lieux qui nécessitent une plus grande attention, oblige le coureur à reprendre le rythme du temps. La montre, un trait d’union entre effort et durée. Pourtant il suffit d’observer l’intéressé, pour s’apercevoir qu’un lien affectif le relie au temps.

Souvent il jette un regard furtif, mais plein de sous entendus, en direction de sa montre. Interrogation réponse sur le mode instantané.

Un dialogue fait de silence et de coopération. Mais le silence n’existe pas. Il est fait de milliers de petits bruits.

 
Le silence vie au rythme du temps. Le tic tac s’en est allé.

Aujourd’hui le silence bavard de la montre relie l’Homme au temps. Une connivence qui lui permet de se situer dans le temps.

Pas dans l’absolu, mais dans celui qu’il essaye d’apprivoiser l’espace d’une sortie. L’entraînement, c’est apprendre à se jouer du temps. C’est un travail de précision semblable au geste d’un souffleur de verre.

La matière se déforme. Il faut constamment rester vigilant et ne jamais laisser les formes agir à leur guise. Les boursouflures ou les fêlures, sont autant de zone de fragilisation. Pour éviter fractures ou ruptures,

il faut savoir écouter le rythme de la vie.

Le souffle relie l’Homme au temps.

En cas d’absence, il n’aura aucune difficulté à aggraver la blessure

 

Donner du temps au temps.

Un temps maîtrisé qui lui offre la sensation d’avoir su s’en faire un allié.

Ne pas le laisser prendre l’initiative des opérations

 Avoir construit un plan d’entraînement, à partir duquel le temps est un ami qui vous veut du bien.

Un temps d’appartenance avec lequel chaque seconde est un bonheur.

Ne pas perdre de temps, mais toujours essayer d’en gagner au rythme des foulées.

Montre, dis moi qui je suis ?

Écrit par philippe

Les saisons de Vivaldi

Les saisons de Vivaldi sont vécues de l’intérieur.

On écoute la musique en trois dimensions.

L’automne c’est le temps de la mélancolie.

Imaginez le mouvement du coureur le matin, évoluant sur un tapis de feuilles mortes. La caresse du pied, sur l’épaisse couche végétale, donne le rythme.

On frappe comme le pinceau sur la peau.

Les percussions respirent en fonction du terrain.

Accidenté, le souffle court, le tempo s’accélère.

Les jambes accompagnent le mouvement en un pas de danse unique.

Fluidité, légèreté, fluttes et clarinettes, vivent au rythme de l’air.

L’espace est à vous, vous êtes l’espace !

Votre cœur s’approprie l’univers.

Sentiments et pensées, fabriquent les sons.

La nature se donne toute entière.

On vie les derniers beaux jours.

Ces jours longs et ensoleillés, qui font le plaisir des vacanciers.

Y a-t-il une corrélation entre soleil et beauté ? Non.

Le temps est beau quand il est créatif.

Quand les lumières, les couleurs, les formes et les âmes, s’accordent pour offrir au regard ce qu’aucun Humain n’aurait imaginé.

Le vent joue avec force à travers les branchages.

La feuille sèche résistent puis s’envolent, en tirant leur révérence.

Les couleurs ne sont qu’une expression de dédain envers une mort annoncée.

C’est un feu d’artifice. Les violons pleurent. Les couleurs éclatent.

Peut-être veulent elles prendre l’âme du coureur ?

Un voyage visuel, vers un lieu fait de rêveries et de séduction.

Un geste dérisoire, aussi triste qu’une femme trop maquillée, qui annonce la fin.

Qui croit qu’en ces jours incertains, elle recevra encore un peu d’amour.

Pathétique image de l’automne, qui courbe l’échine, baisse la tête et s’éclaire de mille feux.

Alors, le clavecin, raconte en quelques notes, la lente agonie de la nature. La lassitude le fait frissonner.

Pourtant le coureur, ne fait qu’un, avec son environnement.

Son isolement est total. Il frissonne en compagnie des violons.

Écrit par philippe

Un chef d’orchestre

Les mots me manquent alors je coure.

Les mots me manquent alors j’écoute.

Ce que je ne peux exprimer, la musique le fait pour moi.

Une fois par jour, je suis un chef d’orchestre. Qu’ils soient à air, frappés, pincés l’immense majorité des instruments m’appartient.

Qu’ils soient de pierre, d’os, de bois, à corde, à peau, en herbe, en eau, de branches, il souffle pour chacun un air de liberté.

Point de convenances, leur partition est exécutée comme bon leur semble. Je suis cet homme, debout, qui du haut de sa baguette, dirige tous les instruments.

Le concert, un mot qui marie vision et audition. Voir c’est ressentir. Les couleurs, les odeurs comme les formes sont à la source de l’inspiration.

La musique se doit d’être harmonieuse. Elle se glisse sous les pas du coureur. Elle tisse avec lui un lien avec son environnement.

Chacune des notes, nées de la matière, s’exprime par le son en fonction de l’instant. Le cognitif relie le cœur à l’espace.

Un langage sonore qui anime chacune de mes sorties. En écoutant le film « Le concert » de Radu Mihaileanu, Tchaïkovski m’a transporté sur les chemins de la félicité.

Voyage intemporel, au pays de la musique pure ou imitative. Un langage sonore qui m’accompagne tout au long de mes sorties.

La nature exprime par le son, son vécu.

Je la capte et la traduit en fonction de ma vie intérieure. Le temps est une succession d’événements.

Par les temps qui courent, fuir les contingences matérielles par la course, pour aller en direction de la douce harmonie de l’effort.

Le souffle de l’air inspire les instruments à vibrations. Les corps solides, comme la pierre ou le végétal, sont frappés ou frottés, par les forces naturelles.

Une technologie créative dont la nature dispose à l’infini. Elle est l’immense orchestre que mon âme dirige en courant.

Elle créée l’instrument avant de l’exploiter.

 
 

 

Écrit par Gilles Grindler